392  (Histoire (partie deux)) posté le samedi 14 juin 2008 16:57

 

 

La vie est un souhait que l’on parfume d’amertumes et de regrets. De rencontres et de désillusions aussi. Des incohérences préconisant le Mal en son milieu, l’endroit le plus pittoresque à rencontrer, celui qui, même dans le doute, s’acharne sur l’existence et la détruit morceaux par morceaux, saccageant ce qu’il en reste par l’ignorance douloureuse des élus.

Deux longues semaines venaient de s’écouler, emportant avec elles la moindre parcelle de calme qui régnait sur la ville. Une ville qui se dispensait désormais d’une âme pure et de celui qui s’y était attaqué. Ross Stewart fut enterré un lundi après-midi, et seuls ses proches qui ne le connaissaient pas dans son ensemble s’étaient déplacés pour un dernier hommage. Son dernier fils n’était pas venu lui dire au-revoir, jugeant plus important de rester à l’écart d’une pareille cérémonie d’insuffisance. Il avait bien plus de choses à gérer que la mort de son père adoptif, bourreau de son âme. Et ce qu’il avait à gérer n’était pas de tout repos, il s’agissait de Sergueï Kelton. Celui dont il n’avait plus de nouvelles depuis sa sortie du commissariat.

 



En effet, en bon chanceux qu’il est - ou en bon riche - il fut très rapidement libéré, ainsi que sa sœur, Joane Harold. Ils ne sont pas restés plus d’une semaine derrière les "barreaux", deux amies de la jeune femme avait sortie le grand jeu pour les aider à fuguer de cette justice d’injustices. Ils étaient donc de nouveau libre, capable de tout, et même de rien à la fois.

 

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393  (Histoire (partie deux)) posté le samedi 14 juin 2008 17:17

 

Et donc, par une circonstance hasardeuse, Ronan se retrouvait seul à gérer ses émotions et ses problèmes. Et à gérer surtout l’ignorance de Sergueï qui semblait avoir disparut de la société. Ne lui donnant aucun choix, la seule capacité d’attendre lui étant enfoncée en plein cœur. Attendre, ou courir après un passé qui lui appartenait de moins en moins.

C’était une fausse renaissance morbide de souffrances et d’agonies, plongeant dans un conflit éternel l’âme dérangé par le drame de deux hommes qui semblaient avoir honte de se croiser désormais.

_ Plus aucunes nouvelles depuis tout ce temps tu dis ?

 



_ Non, plus de nouvelles Ronan, je ne sais pas où il est, ni même ce qu’il fait…
soupira Joane, mal à l’aise devant le fils de l’homme qu’elle avait massacré.

Ce dernier ravala avec difficulté quelques larmes, frottant son œil pour retirer l’effet flou qui lui détruisait la vue.

_ Alors s’il te tourne le dos à toi aussi, c’est qu’il n’est pas près de revenir vers moi…

_ Tu… Cette accusation contre Sergueï, s'angoissa la jeune femme, ne pouvant s'empêcher de venir sur ce sujet, on dirait que tu lui es totalement indifférent… Il a été accusé d’homicide sur ton…

_ Je m’en fou complètement, si ce type n’était pas tué par quelqu’un, je l’aurais fait au bout d’un moment, s’emporta avec dépit Ronan, sans pour autant regarder Joane dans les yeux. C'était les mêmes que ceux de Sergueï.

 

 

 

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394  (Histoire (partie deux)) posté le samedi 14 juin 2008 17:52

 

_ Tu dis cela pour justifier ce qu’il s’est passé.

_ Si tu es là pour savoir si j’en veux à Sergueï de ce qu’il a fait - ou non - et bien tu te trompes, je m’en fiche éperdument. S’il a réellement tué Ross Stewart et que tu l’as aidé, je devrais plutôt vous remercier, non ?

 



_ Pourtant, c’est un acte inhum…

_ Il a assassiné mon frère ! Comment réagirais-tu si Sergueï se faisait tuer et que son meurtrier crevait entre les mains d’un de tes proches, tes deux amies par exemple, tu leur en voudrais ? Interrompit Ronan, les larmes toujours aux yeux.

_ Vu sous cet angle… Je partage ton avis… avoua Joane.

Et cet ombre qui s’égare, qui s’attache, que se déploie et se consume dans un ailleurs progressif sur le temps. Où peut-il être passé ? Lui, cet homme aux cheveux aussi sanglant que ses mains. Un meurtrier qui avait tué par vengeance, ou peut-être par amour, qui sait. Son âme était sans doute de plus en plus compliqué et les ellipses narratives un peu trop fréquentes pour que l'on parvienne à décrypter son esprit.

 

 

 

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395  (Histoire (partie deux)) posté le samedi 14 juin 2008 18:09

 

 

_ Tu penses qu’il reviendra malgré tout Joane ? Demanda Ronan, une larme s’échappant comme une évadée de prison de ses yeux.

_ Je suppose, il a peut-être besoin d’être loin quelque temps, répondit-elle, ignorant les pleurs du jeune homme qui commençaient à se presser sur lui.

C’était assez impressionnant de voir quelqu’un aimer Sergueï autant qu’elle pouvait l’aimer. Le savoir éloigné la rendait de plus en plus malheureusement au fur et à mesure que le temps avançait. C’était comme s’il lui manquait un morceau d’elle. Et Joane avait l’horrible sensation qu’il serait toujours loin désormais. Comme si cette aventure avait retiré bien plus de vie à Sergueï qu’à l’homme qu’ils avaient tué de sang froid. C’était sans doute des préliminaires à la névrose décevante d’un meurtrier. Celle qui n’est pas palpable mais qui se sent malgré tout pour le concerné. Triste jeu du sort.

 



_ Ronan, je vais y aller, je suis désolée de ne pas avoir pu te renseigner. Si j’ai des nouvelles de mon frère, je te tiens au courant, et j’espère que tu en feras autant de ta part.

_ Oui…

_ Dans ce cas… A bientôt, j’espère.


_ Oui… répéta-t-il, usé par ses mots et sa conscience qui se vidait de plus en plus.

 

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396  (Histoire (partie deux)) posté le samedi 14 juin 2008 18:32

 

 

Puis elle quitta les lieux, la tête basse, le laissant seul avec sa malchance et son inquiétude. Seul avec ses fantômes et sa nostalgie.

Qu’est-ce que ça peut-être douloureux de voir les jours s’écouler les uns sur les autres, briser l’amour, le cœur et les souvenirs. Beaux ou non. Ce que ressentait Ronan, c’était comme ce qu’aurait pu ressentir une personne à l’approche de ses un an de séparation, du vide sentimental sans sourire amoureux. Il avait prit en quelques jours, plus de mille ans dans son âme, marchant sur ses bras las de devoir supporter la posture de l’homme debout. Il n’était plus capable de gestes ni d’émotions, posé ainsi dans un émoi de tueur, de perdu. Sans rien ni personne pour soigner son esprit cassé. Il se retrouvait dans le même état qu’il avait abandonné Axel, jadis. Avant que l’amour lui sourit véritablement à lui aussi. C’était d’un mal à tout épreuve. Finalement, sa grâce contrariée se retournait contre lui pour le démolir à coups de doutes et de confiscations. On lui retirait son cœur pour n’en faire qu’une peur dominant ce qu’il est… était désormais.

 



Que reste-t-il de lui, qui n’a connu que la déception dans sa vie ? Il ne reste pas grand-chose. Il ne se sentait plus homme, ni même femme. Et pourtant, il se tenait ainsi, face à son néant, les larmes dégoulinants enfin sur ses joues longtemps rougis par le mal d’un homme immonde et par l’amour palpitant qui s’est évanouit sans qu‘il ne puisse y faire quoique se soit. Il pleurait ce qu’il ne serait plus jamais et il ne savait pas quoi faire d’autre qu’attendre, et attendre toujours. Que l’amour tombe sur lui, le faisant croire une dernière fois en la vie et la peur de mourir.

Mais qu’il se dépêche tout de même… Qu’il vienne avant qu’il ne s’effondre dans une malhonnête douleur vicieuse qui lui rongerait sa force et son charme pour n’en faire qu’un être immobile, pâle et enterré sous l‘absurdité.

 



Que Sergueï revienne, et vite. Avant qu'il n'en meurt.

 

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